Le Yoga, les émotions et l'Ayurvéda à Angers

Article écrit par Catherine Douat , professeur de Yoga sur Angers (Hatha Yoga, Viniyoga,Vinyasa Yoga, Hormone Yoga Thérapie) diplômée en yoga et ayurvéda.

Extrait du mémoire de fin d'étude de Catherine Douat, formation de professeur de yoga Yogamrita écrit et publié le 22 août 2020.

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Préambule :

Je présenterai dans ce mémoire mon expérience personnelle et celles des élèves qui ont bien voulu adhérer aux propositions que je leur ai faites dans le cadre d’un suivi sur les émotions ressenties avec le yoga et l’ayurvéda.

27 élèves ont accepté de participer à cette étude. Sur les 27 élèves onze ont renoncé en cours d’année à continuer le suivi ayurvédique sur les émotions, sept sont allés jusqu’à installer une pratique régulière de yoga dans leur vie de tous les jours qui a changé leur ressenti. Le suivi ayurvédique a été mis en place d’août 2018 à juin 2019. Les pratiques de yoga ont été proposées de mai 2019 à fin décembre 2019. Certains élèves ont tenu très sérieusement un journal de leurs émotions et en lien avec leur alimentation avant et après les modifications ayurvédiques puis avant et après chaque pratique de yoga mise en place pendant cette période concernée par l’étude soit pendant un an et demi. D’autres participants l’ont rempli pendant 3 semaines avant chaque rendez-vous. D’autres n’y sont pas du tout parvenus ou n’ont pas su déterminer quelles étaient leurs émotions.

« Étymologiquement, ce mot émotion vient du latin motio qui veut dire ‘’ mouvement’’. Le préfixe ‘’e’’ qui, comme ‘’ex’’, veut dire ‘’hors de’’, indique que l’émotion est un mouvement vers l’extérieur. Le dictionnaire Larousse la définit comme un « trouble subit, agitation passagère causés par un sentiment vif de peur, de surprise, de joie » ou bien « réaction affective transitoire d’assez grande intensité, habituellement provoquée par une stimulation venue de l’environnement. ». Wikipédia ajoute qu’ « elle inclut chez les humains un comportement physiologique, des comportements expressifs et une conscience ». Article du 2 mai 2015, journal de l’Institut français de yoga (IFY), Marina Margherita formatrice de l’IFY.

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Comment le Yoga nous aide à apaiser les émotions

Prendre conscience du déroulement de ses émotions

Prendre conscience du déroulement de ses émotions

comme la pratique du yoga permet de le faire, de les identifier, d’en connaître le processus d’enchaînement. Par exemple, je ressens un sentiment d’injustice, qui produit de la colère, laquelle me rend triste, et je suis au final, dépitée… Nous subissons, chacun, des enchaînements de suite d’émotions qui nous sont propres.

Apaiser ses émotions négatives

car  le yoga, comme l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing, psychothérapie pendant lesquelles le patient évoque son ressenti tout en mettant en mouvement ses yeux de gauche à droite et de droite à gauche) possède des vertus apaisantes grâce au contrôle respiratoire, à la prise de postures en harmonie avec le souffle et aux objets de concentration sur des pensées positives.

Pratiquer de façon répétée la concentration sur un objet

en laissant passer ses émotions et ses désirs. C’est ce que désigne le procédé du dharana qui mène à l’état de méditation.

Élargir le champ de conscience

afin de nous ouvrir au monde et aux autres que nous pouvons enfin écouter.

Aider à manifester de l’empathie envers les autres et à mieux les comprendre

Une fois la distance prise face à nos propres émotions, il devient possible de visualiser celles des autres et leur déroulement ; ce qui nous conduit à les aider. Cela rejoint étroitement la notion d’inter-être du bouddhisme tout comme la conception hindouiste de Brahman. La conscience d’être reliés les uns aux autres et d’appartenir au même univers, à l’âme du monde, à la même nature.

Agir par le souffle et les postures

pour vivre l’état yoga comme une méditation induite par la respiration synchronisée aux gestes accomplis. Le pranayama est l’outil par excellence de nettoyage du mental et de remise à zéro de notre état émotionnel. Les mudra, les mantras, le chant védique et la pratique des postures sous le contrôle respiratoire, les drishti ou bhavana sont des supports de méditation que propose le yoga.  Ces pratiques mettent en lumière les pensées automatiques, les habitudes de vie, la logique de la chaine émotionnelle habituelle qui suit toujours le même schéma du mental, particulier à chaque individu. D’une personne à l’autre ces modèles ne sont effectivement pas les mêmes. L’approche individuelle va donc aider à adapter la pratique à chaque personne.

Utiliser les techniques du yoga

car le souffle modifie les émotions. C’est ce qu’a démontré le Dr Servan-Schreiber avec la cohérence cardiaque, méthode directement inspirée de la respiration alternée du pranayama (dynamique du souffle qui consiste à inspirer en 5 secondes et à expirer en 5 seconde pendant 5 à 10 minute pour laquelle il a démontré scientifiquement son efficacité avec des expériences sur ses patients). D’autres pratiques du yoga sont tout aussi efficaces, comme, par exemple, compter les temps respiratoires au cours de chaque phase respiratoire.

Voici quelques rythmes apaisants :

•         Samavritti de Krishnamacharya, tradition Desikachar (fils du précédent) où, sama signifie ‘’même’’ et vritti ‘’mouvement’’, à savoir, qu’il faut respecter des temps égaux dans chaque phase respiratoire.

Exemple : IN (inspiration) 4 - PP (poumons pleins) 4 - EX (expiration) 4 - PV (poumons vides) 4

•          La méthode

De la cohérence cardiaque : IN 5 - EX 5

•         Autre méthode, plus efficace encore, dans laquelle l’expiration égale le double de l’inspiration.

Exemple : IN 4 - EX 8

•         Enfin, l’anuloma viloma DE Desikachar, appelé Nadi Shodana par Sivanvananda qui représente une respiration avec un rythme particulièrement exigent à l’inspiration, au poumon plein et à l’expiration.

Exemple : IN 4 - PP 16 - EX 8

                        •          Ou la respiration avec des kramas, paliers respiratoires.

Profiter des effets énergétiques du yoga

langhana et brimhana des postures et du souffle, en action sur les émotions. En effet, certaines pratiques de yoga ont pour ambition, l’élimination (langhana) des pensées et des émotions négatives. D’autres ont pour but de fortifier (brimhana) des pensées et des émotions positives. C’est en ce sens que Krishnamacharya et Désikachar distinguaient les effets des pratiques yogiques sur le plan ayurvédique.

Les torsions sont connues pour éliminer les émotions négatives, elles ont un effet langhana sur le mental. Les organes chargés des émotions se nettoient, s’essorent, se vidangent de toutes les énergies négatives qu’ils contiennent. En effet, le souffle circule et tout ce qui est apana peut être éliminé à l’expiration, et de surcroît, les torsions ont pour effet à la longue de faciliter et d’allonger les expirations. Elles préparent ainsi, un effet brimhana sur le mental. Une fois le corps devenu un réceptacle vide, il peut accueillir le prana à l’inspiration et au bout de douze respirations, il arrive souvent que la torsion devienne brimhana et reconstituante ; alors des émotions positives peuvent surgire. Chaque expérience est unique et pour certaines personnes, il peut être nécessaire de pratiquer les torsions deux à trois fois par semaine pendant un an avant d’obtenir cet effet (cela est arrivé à l’une de mes élèves).

La torsion draine les organes par un effet mécanique et les détoxifie.

Explorer aussi ce moyen d’expression psychocorporelle

Explorer aussi ce moyen d’expression psychocorporelle que sont les postures, puisque chaque posture physique correspond à une émotion particulière. La réaliser sur son tapis en toute sécurité, en toute liberté permet de vivre l’émotion d’une façon nouvelle qui va déprogrammer les karmas négatifs et en créer de nouveaux positifs. Ainsi, la personne peut sortir des cercles vicieux engendrés par ses samskara et vasana pour aller vers une nouvelle attitude mentale face à la vie.

Par exemple la posture dite ‘’du guerrier’’, de Virabhadrasana, peut incarner le courage, la force, la confiance en soi ; elle induit des émotions positives de type brimhana. Une personne qui manque d’assurance, quant à elle-même, comblera cette déficience, en la pratiquant. Mimer une émotion avec son corps c’est l’exprimer par le langage émotionnel, et si cette émotion nous est devenue étrangère, nous nous la réapproprions ainsi. Le comédien qui, par le langage corporel, mime une émotion, la vit pleinement comme si c’était la sienne. Ainsi efface-t-il ses propres émotions et quand il revient à elles, elles ont alors perdu de leur teinte et de leur intensité.

Apporter également de la stabilité corporelle

afin d’aider à stabiliser les émotions. Par exemple Virabhadrasana, la posture du héros, renforce les membres inférieurs et la région du bassin où siège la viscéralité et donne de la stabilité ; ce travail fortifie la colonne vertébrale. Le yogi s’approprie son corps, le consolide et gère plus facilement ses émotions. Cette action sur la colonne vertébrale va entraîner un renfort également psychologique du sujet et lui permettre de trouver son centre, évitant qu’il ne se perde dans les émotions. En se ramenant au souffle, au centre, les émotions sont là mais ne le déstabilisent pas trop. En maîtrisant son souffle, en se mobilisant vers son centre, les émotions, certes toujours présentes, ne parviendront pas à déstabiliser.

Utiliser la bonne clef d’accès à la pratique du yoga

 En effet, la loi du karma définit les conséquences, positives ou négatives, engendrées, à plus ou moins long terme, lors d’un acte posé. Lorsque cet acte produit de la souffrance c’est parce qu’il a été initié sous l’emprise des Klesha (afflictions au nombre de cinq dans les yoga-sutra, que sont l’ignorance, nous l’avons dit, l’égo, le rejet, l’attachement, la peur, et qui sont venues troubler le mental, le psychisme et les émotions).

Ce texte religieux hindou, la Bhagavad Gita, contient une phrase qui est la clef pour comprendre comment gérer les émotions en restant dans l’esprit du yoga.

Chapitre IV 18 : « Celui qui voit l’inaction dans l’action et l’action dans l’inaction, est un sage parmi les hommes ; c’est un yogi. Il accomplit toutes les actions. », traduction de Sivananda. Plus avant, dans les commentaires de Sivananda, le lecteur découvrira ceci : « Si vous restez spectateur ou témoin silencieux des activités de la nature (gunas), si vous sentez que ‘’c’est la nature qui agit en toute chose'’ et que ‘’je ne suis pas celui qui accomplit l’action’’ ;  si vous vous identifiez au soi sans action, peu importe ce que vous faites ou la quantité de ce que vous produisez, l’action n’est plus une action du tout, l’action perd sa nature de lien. »

Exprimé en d’autres termes, cela revient à comprendre que l’action posée sans émotions n’induit aucun karma… C’est saisir, là, le pouvoir des émotions.

Le karma intervient lorsque l’action posée engendre des souffrances ou des plaisirs.

Que nous croyions ou non à la réincarnation, le karma est une réalité à l’échelle de notre vie, depuis notre naissance jusqu’à maintenant ou depuis plusieurs réincarnations jusqu’à maintenant. Une action posée sans émotion n’engendre pas de conséquence émotionnelle, elle reste neutre et de ce fait nous libère de ce qui nous lie à la terre, à la matière incarnée et qui, selon la philosophie indienne, nous lie à un corps que nous habitons et qui change de réincarnation en réincarnation, en nous maintenant sur cette terre. Les actes posés dans un état de trouble émotionnel, le sont rarement en toute lucidité et conduisent donc à des résultats différents, voire à l’opposé de ceux recherchés. Il est indispensable de pratiquer Svadhyaya (l’étude de soi) car c’est le moyen d’en prendre conscience, de vivre pleinement l’état de yoga et de rompre les cercles infernaux pour les transformer en cercles vertueux. C’est dans cet objectif que j’ai proposé à mes élèves de tenir un journal d’observations. Je les remercie pour leur participation active. Nous avons beaucoup échangé pour trouver une pratique adaptée à leur situation et leurs aspirations.

Éviter les écueils du yoga

en prêtant une grande attention aux émotions rentrées et refoulées… Il arrive qu’un yogi confirmé enferme à l’intérieur de lui-même toutes ses émotions, comme dans une cocotte-minute ; puis un jour, pour une peccadille, explose…

Le yoga n’a pas vocation à effacer les émotions, ni à les enfouir sous le tapis, mais au contraire se doit de les révéler, les faire remonter à la surface du mental, les laisser vivre dans un espace protégé, qui peut être le tapis de yoga, au moment de sa pratique. Exercer le contrôle respiratoire peut modifier ce ressenti émotionnel et aider à vivre avec, car une émotion peut être invalidante et rendre une personne inapte à la vie. Ces deux situations peuvent se produire chez une même personne. Par exemple, une personne ayant perdu un être qui lui était cher (témoignage d’un élève) peut vivre dorénavant dans la peur perpétuelle de perdre ceux qu’elle aime ; elle peut, en même temps, bloquer ses émotions de colère car elle perçoit comme avilissant, le fait de se mettre au rang d’un animal en l’extériorisant …

Il est prôné partout que le yogi parfait, jamais, ne doit se mettre en colère ; mais tout est question de mots.

Dans la retraite de méditation vipassana, les instructeurs conseillent aux pratiquants de ne pas se satisfaire seulement de l’équanimité, mais de garder aussi, une certaine fermeté. Ils nous citent l’exemple du professeur SN Goenka qui se fâcha après une élève qui ne pratiquait pas avec assez d’assiduité. De l’extérieur il paraissait très en colère, mais cela ne dura pas. SN Goenka dit que vipassana, ne signifie pas se laisser ‘’couper en rondelles’’ et se satisfaire de cela en se répétant intérieurement, « c’est bien je suis restée dans l’équanimité, je n’ai pas réagi »…

Sans vouloir choquer, je prendrais l’exemple de Jésus-Christ en considérant qu’il était un yogi parfait et donc une personne inspirante. Il avait chassé les marchands du temple… dans une émotion de colère, semble-t-il…

Il existe, par ailleurs, l’exemple de Gandhi, qui était dans l’équanimité en toutes circonstances. Cependant, certaines personnes m’ont fait remarquer que ce calme cachait une forme de violence et qu’il y a la violence physique mais aussi la non-violence (physique) qui peut exercer d’autres formes de violence, symboliques…En fait, comme chez les enfants lorsque l’un d’entre eux se trouve envahi de colère parce qu’il s’est fait piéger par l’autre qui, de son côté, agit comme s’il n’en avait que faire, apparaît distancié et loin de l’animalité… Le calme, quand il est symbole d’indifférence, peut parfois apparaître comme plus violent à son interlocuteur, que la colère elle-même …

Et que signifie ce calme s’il se satisfait de la souffrance de l’autre… n’est-ce pas là une forme de colère sublimée et transformée…

Suivre l’enseignement du Viniyoga

et son approche de la personne, car  pour affiner le travail sur les émotions par le yoga, la démarche individuelle est la voie royale. Il est possible ainsi de s’appuyer sur des observations précises et d’échanger avec l’élève, pour choisir, ensemble, une direction permettant d’adapter sa pratique à ses besoins. Les recommandations de Krishnamacharya et Desikachar sont de considérer les points suivants :

1 ) Delka bedha : la constitution (ayurvédique)

2 ) Desha bedha : le lieu (où habite l’élève)

3 ) Linga bedha : le sexe

4 ) Kala bedha : la saison (s’il fait chaud ou froid ce ne sera pas la même pratique)

5 ) Vayo : l’âge

6 ) Shakti : l’énergie (en terme ayurvédique, le prana (souffle vital), l’ojas (liquide vital immunitaire) et le feu (chaleur et éclat du regard) )

7) Marga : la demande

8 ) Vritti : la profession, l’activité (les postures intellectuelles et physiques que la profession induit)

J’y ajouterais également, qu’il est nécessaire d’observer le point A (où en est l'élève), le point B (où il veut aller) et qui est déjà présent dans marga, les problèmes mécaniques des articulations et du dos, les pathologies, les douleurs, les opérations éventuelles, l'émotion dominante du jour, de l'enfance, et en général celle du moment. L'enseignant essaie d’être comme un réceptacle vide qui sait recevoir, écouter l’élève et transmettre, se  faire comprendre, guider sans blesser, reconnaître ses erreurs, en cas, par exemple, d’envoi dans une mauvaise direction. Laisser parler l’élève, lui accorder le temps nécessaire pour cela, accueillir ses paroles, lui laisser le droit de pleurer et d’exprimer ses émotions, tenter d’avoir du tact, ne pas juger, sont des attitudes indispensables pour rester dans le respect sincère de l’élève.

Une fois déterminés les besoins de l’élève, il est plus aisé de répondre à sa demande, de donner plus d’harmonie au psychisme, aux émotions, en installant un cadre pacifiant, qui respecte sa nature, tout en le guidant vers un équilibre qui lui est naturel. Svadhyaya, l’étude de soi est fondamentale pour entreprendre ce travail. Avec une pratique de yoga, de méditation ou de chant védique il est possible de modifier cet équilibre et de rééquilibrer les dosha (les éléments constitutifs de sa nature), d’aplanir la surface de l’eau, de clarifier le mental… C’est en tenant compte de tous ces critères que j’ai entrepris cette étude.

Trouver la posture et le souffle juste

via sthira sukham (YS) ; voilà ce qui différencie le yoga de la gymnastique. Pour cela, la posture doit être ferme et aisée. Tout l’art du yoga réside dans cet équilibre du juste effort. C’est ce qui va le mieux permettre de gérer les émotions. Apprendre à les contrôler tout en lâchant prise, c’est précisément ce que j’ai expérimenté avec le yoga pour me sortir des problèmes de dos chroniques qui m’empêchaient de rester assise, allongée ou debout plus de cinq minutes sans avoir des douleurs très vives, en apprivoisant la colère qui surgissait à chaque mouvement que j’essayais de faire et s’en trouvait arrêté par cette douleur. Trouver le souffle juste, installer la posture en liaison. Lâcher un peu plus chaque fois pour obtenir, dans l’instant, une efficience du geste, jusqu’à ce que les choses se modifient petit à petit. Il n’y a pas un élève à qui je n’ai pas cherché à transmettre cet état d’esprit qui change le fonctionnement du mental et qui rend la vie beaucoup plus facile. Il s’agit de mettre en place des choses pour changer la situation ou la façon dont elle est abordée, et ensuite d'accepter d’abandonner le fruit des résultats, car c’est ce qui conduit au développement de la personne qui devient enfin elle-même.

Je me souviens d’une élève qui avait eu un accident. Elle croyait que tout était perdu tant ses capacités étaient réduites. Elle a toutefois repris goût à la vie avec ce travail, puis elle est partie vers une nouvelle voie, dans laquelle elle a réussi à transformer cette expérience particulière en un enrichissement de sa personnalité ; cela lui a donné force et   stabilité.

Avoir la foi et croire

qu’il est possible de changer la situation avec le yoga, car cela revient à s’unir à sa lumière intérieure. Toutes les blessures émotionnelles peuvent se guérir avec la lumière du cœur. Il n’y a pas de yoga sans religion du cœur. Le yoga sans religion du cœur serait comme une musique sans âme. Je comprends le mot ‘’religion’’, non dans le sens de re-ligare, se relier, à une croyance ou à une foi ou à un dogme, mais dans celui, plus ancien, de relegare, signifiant cueillir, recueillir dans une attitude scrupuleuse. Les Upanishad du yoga, les Yoga Sutra et la littérature du yoga en général, se réfèrent constamment à cette lumière, cet espace, cette grotte secrète du cœur, cœur yogique, qui se situe au milieu du thorax et qui s’ouvre sur l’espace infini du cosmos et de l’univers, à l’âme du monde. Dans un sens plus large, il est un lieu pour se relier à son Soi, à l’atman de l’univers et à l’ensemble des êtres qui le peuplent…

La bhakti yoga fait appel à cette faculté qu’a l’être humain de se relier à l’infini et de sortir de la prison de l’égo pour devenir lui-même et vivre sa vraie spiritualité qui est félicité, joie sans cause, connaissance et existence. Il existe des moments de grâce où chacun peut expérimenter la plénitude de cette conscience de l’harmonie en nous et autour de nous. Qui ne s’est pas arrêté devant un coucher du soleil pour se laisser absorber par le spectacle de ses dernières flammes… Ceci est la vraie méditation et s’apparente à une prière qui connecte la personne à quelque chose de plus vaste, capable de lui donner des révélations et d’élargir sa conscience sur la réalité qui l’entoure et qu’il vit. Le chant védique est la partie du yoga intégral qui permet de pratiquer le mieux la bhakti yoga, le yoga du cœur. Elle représente la voie la plus directe pour aller vers l’état de méditation.

Chacun peut pratiquer le yoga, en croyant ou non en Dieu, en étant, soit hindou, bouddhiste, chrétien ou musulman, ou même athée, peu-importe. Le yoga n’est pas une religion au sens usuel du terme, mais il permet de se relier à sa lumière intérieure et de ce fait, il nous relie aux autres et à l’univers qui nous entoure. Sa pratique est une expérience spirituelle qui modifie les états émotionnels. Celles du chant védique et des mantras ont un pouvoir immense ; leur méditation parle directement à notre inconscient.

Grâce à la conviction que met le yogi dans sa pratique, le yoga permet de modifier le déroulement habituel de ses pensées grâce aux objets de concentration sur les pensées positives, les mantras (protection du mental), les drishti (points de concentration), les bhavana, ou tout simplement sur la conscience corporelle ou sur le souffle, grâce aux exercices de contrôle respiratoire et à la prise de posture (contractions et étirements musculaires dans un contexte émotionnel positif) harmonisée justement avec le souffle.

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Conclusion

Comme il est écrit dans les Yoga-Sutra, l’instructeur n’est pas responsable de ce que l’élève fait de ce qu’on lui donne, mais chacun est responsable du travail qu’il fait sur lui-même. Je ne peux pas rendre compte de tous les suivis dans le cadre de ce mémoire car je devrais écrire un mémoire de plus d’une centaine de pages pour le faire…

L’ayurvéda fait entrer en ligne de compte la nature propre de l’enfant qui est en nous, le caractère unique de chaque personne… nous avons une nature qui prend son origine au moment de la conception et nous passons notre temps tout au long de la vie à osciller autour de cet équilibre, à chaque fois que nous en éloignons trop nous tombons dans des émotions de souffrance, soit corporelles, soit psychiques. Ceci nous donne une plus grande liberté de comprendre que nous ne sommes pas tous pareils et encore moins égaux. Certains sont plus sensibles et plus vulnérables, mais ils sont aussi plus intuitifs et plus diplomates. D’autres sont plus stables et plus solide, mais ils s’adaptent difficilement aux situations et ne comprennent pas toujours assez vites les choses, d’autres ont de la vigueur et de l’énergie et comprennent facilement par des raisonnements ingénieux cependant ils s’énervent vite et deviennent facilement intolérants avec les autres en croyant détenir la vérité. Nous avons tous les qualités de nos défauts et il est intéressant d’essayer de se placer dans des situations où on peut transformer nos défauts en qualité. Les personnalités sont infinies et diverses, l’ayurvéda nous apprend à les accepter. Et de ce fait à comprendre l’autre, que l’autre ne fonctionne pas comme nous à cause de sa nature propre (sa constitution ayurvédique, ses doshas) et aussi à cause de ses expériences (vasana ou samskara dans le yoga, Vrikritti dans l’ayurvéda). Ce qui sera facile pour l’un sera difficile pour l’autre et vice-versa. Cette compréhension permet de devenir plus tolérant et d’accepter la différence, parce que l’autre ne fonctionne pas comme nous.

Il est difficile de synthétiser toutes ces informations. Chaque personne étant unique, une solution, elle aussi unique est donc à adapter à chaque fois. Il est ainsi impossible de conclure à aucune loi générale à cause des traces émotionnelles qui sont propres à chacun.

Les pensées et les émotions sont intimement liées. Les Yoga-sûtra et la pratique du yoga nous le font comprendre. Il existe une chimie corporelle qui induit des types de pensées et d’émotions. En observant attentivement le fonctionnement du mental, nous pouvons remarquer que certaines pensées viennent lorsque certaines émotions sont actives, tout comme à l’inverse, certaines émotions surgissent lorsqu’un certain type de pensées est présent. Tout cela a une incidence sur le corps et sur les sensations qu’il reçoit. Parfois les émotions se logent dans le corps et induisent des tensions musculaires ou de véritables maladies, allant de souffrances psychosomatiques à des maladies plus graves comme le cancer…

Le yoga aide à purifier le mental et de ce fait nettoie les émotions négatives. Ainsi, est-il possible de revivre, sur le tapis, des émotions refoulées pour s’en libérer ensuite ou tout simplement les atténuer au fur et à mesure des pratiques. Tout dépend cependant de l’intensité de l’émotion, de son degré de gravité et de ce que le yoga vient toucher en nous. Lorsqu’un événement négatif nous arrive, même si nous l’oublions, une ambiance émotionnelle s’installe et un type d’émotion peut surgir (soi-disant pour d’autres raisons…) et c’est alors que le mental prend parfois le relais par le biais de pensées qui, à leur tour, viennent nourrir ce type d’émotion. La pratique du yoga met en lumière ces mécanismes. Le yoga est à la fois un chemin vers la méditation et une forme de méditation, la 7e étape de l’ashtanga yoga (les huit étapes du yoga des Yoga-sûtra). Les émotions sont des rasa, des parfums intérieurs, des musiques d’ambiance pour le mental et le psychisme. Elles induisent des pensées qui les entretiennent, d’où l’utilité de la pratique du yoga et de la lecture de tous les textes qui nous aident à réfléchir sur nous-mêmes, pour tenter de changer de perspective, pour voir les choses sous un autre angle. Ces pratiques offrent l’attention nécessaire et le goût à écouter l’autre, à écouter les autres, comme un réceptacle vide, prêt à tout accueillir et comprendre, comme sous le regard neuf d’un enfant qui ne sait rien.

.............................. Les autres pages de ce mémoire seront publiées sur le site dans les prochaines semaines............................

Catherine Douat, Espace Yoga et Ressourcement, Angers Cours de Yoga, 2 square La Fayette Angers

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