La Transmission du Yoga



© Tous droits réservés - 2022, article écrit par Catherine Douat le 1er mai 2022

La Transmission du Yoga

Définition de la transmission

Que signifie « transmettre » ? La réponse semble simple et peut s’assimiler à la définition que l’on trouve dans les dictionnaires : « Faire passer d’une personne à une autre (un bien matériel moral). » (Le Petit Robert) L’étymologie du terme est la suivante : «  transmittere, issu du latin avec  “trans”, au-delà, et “mittere”, envoyer. » (Littré)

Yoga : pratiques visant à aller vers l’état de samadhi, d’absorption complète, avec les postures, le souffle, la rétractation des sens, les observances de vie en société, les observances de vie vis-à-vis de soi, la concentration et la méditation.

Yogi : le pratiquant de yoga

Comment transmettre le yoga ?

LA TRANSMISSION

Le yoga vient d’une longue lignée de yogis qui nous ont transmis cet enseignement. J’essaierai dans cet article de rester fidèle à leur vision de cette discipline.

Pour ce faire, j’analyserai dans un premier temps la manière dont le yoga était traditionnellement transmis en Inde et comment nous pouvons l’enseigner en Occident à l’époque actuelle ; enfin, dans un deuxième temps, j’exposerai le point de vue de Patañjali dans les Yoga sūtra et la vision de Desikachar

I. La transmission du yoga dans l'Inde traditionnelle et dans l'Occident contemporain

a) Comment transmettait-on le yoga dans l'Inde traditionnelle ?

En Inde, tout le monde connaît les légendes des origines de la transmission du yoga. Elles sont racontées oralement de génération en génération par les maîtres indiens et transmises dès le premier jour d’apprentissage du yogi.

  • Une légende raconte qu’un poisson nommé Manu a entendu l’enseignement dispensé par Shiva (l’un des trois dieux principaux de l’Inde) à sa femme Parvatti ; ayant transformé Manu en homme, cet enseignement fut transmis aux autres humains.
  •  Selon une autre légende, le yoga proviendrait de Patañjali. Elle dit que les humains se trouvèrent dans la misère et la souffrance car ils ne réussissaient plus à communiquer correctement entre eux. Ils demandèrent de l’aide aux dieux en joignant les mains, puis tournèrent leurs paumes en forme de coupe vers le ciel ; en réponse leur fut envoyé un être mythique mi-homme mi-serpent qui avait le don de clairvoyance (Patañjali). Ce sage apporta trois traités aux êtres humains : un traité de médecine ayurvédique pour maintenir le corps en bonne santé et le soigner, un traité de grammaire sanscrite (langue ancienne utilisée en Inde par les pandi, sages érudits indiens) permettant une meilleure communication et ainsi de limiter les mésententes et, enfin, un traité sur le yoga pour éduquer l’esprit à la bienveillance, le rendre apte à l’accomplissement spirituel, et ainsi apporter la paix entre les êtres humains.

Dans l’Inde traditionnelle existait un système de gurukula (1) (système éducatif indien) qui permettait à un enfant de venir étudier le yoga dans une autre famille auprès d’un maître. L’enseignement du yoga était individualisé et se déroulait dans le contexte de la vie quotidienne. Le maître ne transmettait pas seulement un savoir philosophique, mais partageait également une expérience de la sagesse, dans le but de guider l’élève vers l’état de samādhi (2) (huitième étape des Yoga sūtra de Patañjali) que l’on traduit souvent par « absorption complète » mais que l’on pourrait aussi traduire par « pleine concentration » ou « pleine conscience » qui n’est autre que l’état de yoga que cherche le pratiquant.

b) Comment transmettre le yoga de nos jours en Occident ?

Dans la société occidentale contemporaine, le yoga est devenu une marchandise vendue en ligne sous forme de vidéos : les personnes pratiquent le yoga devant leur écran (par le biais de Facebook, Instagram, YouTube, d’applications sur smartphone, de différentes ressources Internet) ou en lisant l’un des nombreux livres sur ce thème. Où est passée la relation de cœur à cœur si chère à Desikachar ?

L’élève, après une séance d’essai, décide de s’inscrire ou de ne pas s’inscrire au cours de yoga (en fonction des horaires, du lieu des cours et de la personnalité du professeur qui lui conviennent ou non). Dans l’Inde classique, le maître décidait de prendre ou de ne pas prendre comme disciple la personne qui se présentait, après avoir éprouvé sa détermination.

Les Occidentaux attendent souvent du yoga – consciemment ou inconsciemment – qu’il les aide à sortir de la souffrance. Beaucoup de personnes viennent à pratiquer le yoga dans l’optique de solutionner des douleurs physiques, par exemple un problème de dos, ou des souffrances psychologiques, afin de réduire le stress, de prendre confiance en elles, etc.

En Occident, enseigner le yoga est devenu un métier, une profession, dont on ne vit pas toujours et qui est parfois exercée bénévolement. On pourrait croire que transmettre le yoga ne correspond plus à une expérience spirituelle personnelle développée et aboutie que l’enseignant partage avec son élève, mais à un champ de compétences formalisées à la manière d’un livre de recettes avec des protocoles divers – comme si les Occidentaux s’étaient arrêtés sur le doigt du sage qui indiquait la Lune sans voir la Lune vers laquelle pointait son doigt.

De quelle manière est institué le statut de l’enseignant de yoga dans la société occidentale ? Des fédérations font référence et donnent un cadre au statut de professeur de yoga. Elles ont été créées dans les années 80 autour de formateurs de première génération qui ont reçu l’enseignement d’un instructeur compétent. Ces institutions se révèlent essentielles afin de maintenir la cohérence de la transmission et de permettre d’instaurer un code de déontologie auquel s’engage l’enseignant. Ledit code garantit l’authenticité de l’enseignement et le respect de l’élève. Ainsi, l’enseignant de yoga s’efforce de maintenir un lien étroit avec ses formateurs et s’engage à transmettre le yoga traditionnel tout en adaptant sa pédagogie à la culture occidentale. Cela permet un cadre sécurisé protégeant les personnes qui ignorent tout du yoga des abus éventuels de la part d’individus incompétents qui se prétendent professeurs de yoga après avoir participé, par exemple, à une formation de 30 heures en ligne dispensée par un formateur ayant lui-même suivi seulement quelques cours de yoga sur Internet et lu quelques articles sur divers sites.

L’enseignement du yoga repose sur une qualité d’être et non sur la possession d’une connaissance. Il s’agit de partager avec les élèves un savoir et une expérience par le biais d’une mise en pratique. Le yoga est centré sur la personne et s’adapte à cette dernière, à l’état de santé de l’élève, à ses possibilités du moment, mais aussi à sa personnalité, à son mode de vie et à ses éventuelles croyances. Cette ouverture à la liberté d’être soi se retrouve dans les formations des professeurs de yoga de l’Institut français de yoga (dont le rôle est de fédérer les professeurs de yoga autour de l’enseignement du yoga de Krishnamacharya transmis par Desikachar son fils et élève ) et, par conséquent, dans les cours (collectifs ou individuels) et les stages animés par les professeurs de yoga qui y adhèrent. Si l’on considère que la transmission ne s’opère qu’à l’intérieur d’une relation personnelle entre le professeur et l’élève et que le professeur n’est pas capable de prendre le temps d’écouter ses élèves et d’adapter ses cours ou stages en fonction des possibilités de chacun, de l’état émotionnel du moment, et des demandes éventuelles qui lui sont faites, peut-on encore parler de transmission ?

Il est nécessaire pour le professeur de yoga d’être conscient de ce que suppose la transmission de professeur à élève à l’aune de la psychanalyse et des données psychologiques connues en Occident. Transmettre le yoga implique une relation de professeur à élève : par conséquent les mécanismes de « transfert » et de « contre-transfert » (3) (les projections émotionnelles de l’élève vis-à-vis de son professeur et les projections émotionnelles du professeur vis-à-vis de son élève) jouent dans la relation. L’enseignant transmet avec des mots, mais aussi avec ses intonations, ses inflexions de voix, son regard, sa ponctuation, ses silences et son langage corporel. L’élève peut interpréter le contenu de l’enseignement selon la coloration de son psychisme ; l’enseignant doit avoir suffisamment approfondi sa pratique pour être en accord avec lui-même et sa façon de communiquer. La fédération de yoga aidera à surmonter cet écueil à travers un système de supervision du professeur par un formateur.

Comme le souligne Arnaud Desjardins (écrivain français, adepte et enseignant d’Adhyatma yoga), le yoga n’est pas constitué d’un enseignement uniforme et dogmatique, convenant à l’ensemble des pratiquants. Les réponses données par le yoga sont multiples et diverses. Devant une même question posée par plusieurs élèves, le professeur de yoga comme le maître yogi n’a pas une réponse toute faite à proposer ; sa réponse sera différente selon la personne et adaptée en fonction de l’état de l’élève, de sa personnalité, de son avancée, de son style de vie, de l’environnement culturel et du contexte qui l’accompagne.

II. La transmission selon Patañjali et Desikachar

Patañjali aurait vécu entre le IVème siècle avant notre ère et le IV siècle après notre ère. Il serait l’auteur des Yoga sūtra. Pour beaucoup de chercheurs, il s’agirait de plusieurs personnes différentes qui auraient écrit sous un même nom. On ne connaît de son origine que la légende racontée plus haut.

La tradition philosophique indienne considère le yoga comme un système philosophique parmi six autres (un darśana, traduit également par « point de vue »). Les Yoga sūtra de Patañjali sont comme un manuel d’enseignement du yoga qui fournit, étape par étape, le mode d’emploi des grandes lignes de la transmission de cette discipline.

1. La vision de Patañjali

1 ) Le pédagogue va aider l’élève à comprendre les Yoga sūtra et à se connaître

Voici une des définitions que donne Patañjali du Yoga :

« Le Yoga de l’action-purification et ascèse, étude de soi et abandon au Suprême. » Yoga sūtra Chapitre II sutra 1 (traduction de Frans Moors)

Plus loin Patañjali ajoute une précision « La souffrance non encore venue doit être évitée. »Yoga sūtra Chapitre II sutra 16 (traduction Frans Moors)

Le but du yoga est clairement expliqué dans les Yoga sūtra de Patañjali : il s’agit d’essayer de sortir de la souffrance et d’aller vers la contemplation, le samādhi (l’Éveil, la pleine conscience). Sortir de la souffrance commence par svādhyāya, l’étude de son fonctionnement psychique à la lumière des Yoga sūtra et des autres textes de cette tradition et grâce à l’aide d’un enseignant. Ce dernier aide l’élève à comprendre les Yoga sūtra et à se connaître lui-même pour devenir ce qu’il est, comme dans la maïeutique de Socrate. (Socrate, dont la mère était sage-femme, affirme pratiquer une maïeutique pour amener ses interlocuteurs vers la vérité, et se considère ainsi comme une sorte de sage-femme qui accoucherait non pas les corps mais les âmes.) ( dans le dialogue Théétète, Platon présente un Socrate expliquant ce qu'est la maïeutique) Il s’agit d’abord pour le professeur de yoga de définir le point A où se trouve l’élève, de l’aider à prendre conscience de là où il en est, avant de déterminer un point B accessible, souhaitable, auquel il aspire. Cela demande de la discipline(tapas), de se tenir à une pratique régulière et persévérante. Sans un véritable engagement de la part de l’élève dans cette voie, aucune évolution ne sera pas possible.

Le professeur aide l’élève à fixer sa concentration sur des points de lui-même. Porter attention à soi, contrairement à ce que semblent dire les mots, ne constitue pas une attitude égocentrique, mais un travail de mise à distance des émotions, des pensées automatiques et des sources d’afflictions (4) (il existe cinq kleshas : ; avidyā, l’ignorance ;  asmitā, l’égo ; rāga, l’attachement ; dvesha, le rejet ; abhinivesha, la peur) afin de libérer le soi de ses entraves. Ce travail sur soi vise à développer une aptitude à dépasser ses préoccupations personnelles et à développer une écoute sincère des autres de manière à les comprendre et à adopter un comportement bienveillant à leur égard.

Ainsi, le premier conseil de vie donné dans les Yoga sūtra est ahiṃsā, la non-violence, c’est-à-dire ne pas nuire à autrui, aux autres êtres vivants, rester bienveillant quoi qu’il arrive, éprouver de la compassion, y compris dans un climat hostile.

2 ) Le pédagogue guide l’élève avec justesse et dans la détente

Voici deux sutra qui soulignent l’attitude d’esprit qui caractérise le mieux la pratique du yoga :

II 46 « sthira-sukham āsanam » « La posture est ferme et agréable. » (traduction de Frans Moors)

II 47 « prayatna-śaithilya-ananta-samāpatti-bhyām » « À la fois par un effort intelligent, la décontraction et la méditation sur les qualités d’Ananta (l’infini). », Yoga sūtra (traduction de Frans Moors)

Selon ces sutra, l’enseignant aura à cœur de transmettre le Yoga dans le respect du rythme et des capacités de chacun, en tenant compte des particularités de chaque élève. Il veillera à ne pas demander à un élève davantage qu’il ne peut accomplir. Il essaiera de lui apprendre à être bienveillant avec lui-même, à accepter ses limites et, tout en déployant un effort juste, à rester dans des limites confortables qui lui permettent de se détendre, de lâcher prise. La façon de transmettre permet d’induire ce comportement. Un professeur qui exige trop de ses élèves induit au contraire un comportement trop sthira, ferme, qui génère des tensions inutiles. Le yoga n’est pas une discipline sportive où la compétition est de rigueur ; les postures sont des prétextes afin d’effectuer un travail sur l’esprit. C’est dans l’attention que l’élève porte à sa posture, à son souffle et à son esprit que le travail opère.

Voici une autre définition du Yoga que donne Patanjali :

 « Yoga Citta Vritti Nirodhah » « L’harmonie (le yoga) est l’apaisement, la concentration et la canalisation complète des activités fluctuantes du mental. ». Yoga sūtra Chapitre I sutra 2 (traduction de Frans Moors)

Le yoga consiste à orienter entièrement l’esprit dans une seule direction, de manière à faire cesser les agitations du psychisme qui génèrent des souffrances inutiles. Il ne s’agit pas d’une science exacte qui s’apprendrait sous forme de définitions stéréotypées avec des formules à appliquer comme dans un livre de mathématiques ; le yoga est tout un art qui peut s’apprendre sur le tapis, dans la vie, et dont les subtilités n’en finissent pas de s’égrener avec le temps.

3 ) Le pédagogue crée les conditions favorables à l’épanouissement de l’élève

L’aphorisme 3 du chapitre IV des Yoga sūtra donne une précision essentielle sur la position de l’enseignant (traduction Bernard Bouanchaud) : « Les causes sont alors inopérantes sur la nature, mais elles percent la digue (pour irriguer), tel un agriculteur. » Le principal rôle du pédagogue consiste à créer les conditions favorables à l’épanouissement de l’élève. Le professeur n’a pas à porter les problèmes de l’élève, mais simplement à lui faire prendre conscience qu’il possède tout en lui pour s’en sortir. L’enseignant, tout comme le jardinier, ne fait que percer la digue qui va permettre à l’élève de s’épanouir.

Cet aphorisme souligne l’importance de l’humilité du professeur, qui n’est qu’un transmetteur. Afin de bien le comprendre, il est important de reprendre les sūtra précédents.

Il existe plusieurs façons d’acquérir des pouvoir extraordinaires selon Patañjali comme en atteste le sutra qui suit :

« Les facultés supérieures ont pour origine naissance, plantes consacrées, récitation de mantra, ascèse et samādhi (sous-entendu les huit étapes du yoga). » Yoga sūtra Chapitre IV Sutra 1(traduction Bernard Bouanchaud) 

De ces cinq voies, la seule sans conséquence fâcheuse est celle proposée par le yoga – les dons venant d’une vie précédente, il est souvent possible de les perdre car, au début, les choses sont trop faciles ; l’absorption de plantes comme des drogues peut aboutir à des états de paix intérieure uniquement occasionnels et peut être nocive pour la santé ; dès qu’on cesse de les pratiquer, les mantras n’agissent plus, les effets de l’ascèse sont tout aussi éphémères ; le yoga, avec ses huit étapes (posture, contrôle respiratoire, rétraction des sens, règles de vie en société, règles de vie à l’égard de soi, concentration, méditation et accomplissement spirituel), est un chemin long mais plus sûr et plus durable.  La nature est auto-évolutive. Lorsque l’être humain commence son existence, il mesure quelques centimètres puis grandit et devient adulte. De même, la graine croît et, parfois, dans certaines conditions, donnent des fleurs. Si on place une pierre sur cette graine, elle ne donnera pas de fleurs. Le professeur de yoga retire la pierre et arrose la graine. L’évolution de chacun est le cours naturel des chose comme l’explique ce sutra :

« Le changement de catégorie interne résulte de la plénitude de la nature. »  Yoga Sutra de Patanjali Chapitre IV sutra 2 (traduction Bernard Bouanchaud) 

Si rien ne retient l’eau, elle s’écoule naturellement. Patañjali compare l’écoulement d’un cours d’eau à l’évolution de l’existence humaine. L’être humain change à chaque instant et se transforme comme un cours d’eau qui s’écoule, ce qui explique la capacité de chaque être humain à évoluer et à changer et, si l’on croit à la réincarnation, les possibilités de réincarnation pour les êtres qui ont évolué.

Le rôle du professeur s’apparente à celui d’un jardinier qui amène l’eau pour que la graine de l’élève soit nourrie et qu’il puisse se développer par lui-même.

4 ) Le pédagogue suit une méthode qui procède en 7 étapes pour transmettre l’expérience du yoga

Patañjali mentionne cette méthode de transmission dans le sutra suivant  :

« La sagesse ultime qui en découle comprend sept étapes », chapitre II sūtra 27 des Yoga sūtra de Patañjali (traduction Bernard Bouanchaud).

Voici les 7 étapes de l’enseignement du yoga décrites dans la tradition orale :

1. La prise de conscience de la souffrance, par exemple : « J’ai mal au dos. »

2. La reconnaissance des causes de la souffrance à éviter (hetu), par exemple : « Quand je fais des flexions avant, j’ai mal au dos. »

3. La détermination d’un objectif, par exemple : « Je veux sortir de la souffrance et ne plus avoir mal au dos. »

4. La vision claire du moyen adapté pour sortir de la souffrance, par exemple : « Je fléchis les jambes dans les flexions pour ne plus avoir mal au dos. »

5. La conscience que les quatre premières parties ont été assimilées, par exemple : « J’ai compris comment je suis sortie de mes douleurs de dos. »

6. Le mental non perturbé par les qualités de la nature (guna), par exemple : « Maintenant que j’ai compris comment tamas (l’inertie), rajas (l’action) et sattva (la lumière) opéraient pour créer la douleur, je ne me laisse plus perturber. »

7. La prise de conscience du principe spirituel qui a permis l’ensemble de la démarche, l’état de libération complète, par exemple : « Je suis libéré des causes de la souffrance, concernant mon dos et aussi le reste. »

5 ) L’élève a tous les moyens en lui pour s’en sortir.

J’aimerais revenir sur l’aphorisme 3 du chapitre IV des Yoga sūtra (traduction Frans Moors): « L’initiateur du changement opère de manière indirecte sur la matière, il œuvre comme le fermier qui ouvre une brèche dans la digue. » Ceci implique que l’élève a tous les moyens en lui pour s’en sortir.

6 ) Pour que l’élève réussisse, il est important que le pédagogue nourrisse sa foi.

Patañjali précise l’importance de la foi dans la pratique avec ce sūtra « Il faut d’abord développer la foi, la vitalité, la fidélité dans l’engagement et la connaissance spirituelle issue de l’harmonie intérieure. » Yoga sūtra Chapitre I sūtra  20 (traduction Frans Moors)

Le professeur essaie de développer shraddha, la foi, chez l’élève, en proposant la pratique de certaines āsana (postures) comme vīrabhadrāsana, la posture du héros, et aussi la récitation des chants védiques, qui sont les textes sacrés du yoga tirés des Upanishad avec des mantras comme Gananaan Tva. Ces chants donnent la force d’ancrer cette foi ; la pratique posturale synchronisée au placement du souffle fait vivre à l’élève des états qui nourriront cette foi. Shraddha est un résultat que le pratiquant de Yoga atteint après un certain développement.

7 ) Les effets de la transmission diffèrent d’un élève à un autre

Patañjali précise que les résultats sont proportionnels aux efforts ; Voir ci-dessous :

« Ensuite, il y a encore des différences [selon que le moyen mis en œuvre est] doux, modéré ou vif. » Yoga sūtra, Chapitre I sūtra 22 (traduction Frans Moors)

L’évolution est fonction du tempérament de l’élève et de chacun. Certains élèves comprennent très vite, d’autres ont besoin de revoir plusieurs fois une même chose. Le rôle du professeur consiste à déterminer ce dont l’élève a besoin pour se développer.

8 ) Le pédagogue adapte son enseignement selon son auditoire

 Patanjali met en garde sur la diversité des formes de psychisme et sur leurs multiples façons de recevoir l’enseignement :

« Un seul mental peut agir sur de nombreux [autres] selon la particularité de leur fonctionnement. » Yoga sūtra Chapitre IV sūtra 5 (traduction de Frans Moors)

Lorsqu’un professeur dit une chose à 20 élèves, il s’adresse à 20 psychismes différents et donc à 20 façons différentes de comprendre son propos – d’où la nécessité d’adapter son enseignement en fonction du groupe ou de l’élève qui le reçoit.

9 ) Patañjali donne le conseil de méditer avant d’enseigner le yoga pour mieux transmettre le yoga.

Comme le précise ce sutra « L’influence issue de la méditation est sans résidus. » Yoga sūtra Chapitre IV sūtra 6 (traduction Frans Moors)

Cet aphorisme est l’un des plus importants : lorsque le professeur reçoit un élève, il doit être en état de méditation pour éviter d’être influencé par son psychisme et les pensées et les émotions qui en découlent. Cet objectif n’est pas toujours accessible, mais l’état de concentration parfaite, lui, est possible. L’enseignant doit donc pratiquer le yoga avec les āsana (postures), avec les prāṇāyāma (techniques de contrôle respiratoire) ou avec la méditation afin de se préparer à enseigner avant chaque cours et chaque stage.

Plus loin Patanjali décrit le résultat de cette pratique « L’action de ce yogin n’est ni blanche, ni noire ; pour les autres, elle est triple. » Yoga sūtra Chapitre IV sūtra 7 (traduction de Frans Moors)

Le yogi n’est ni blanc, ni gris, ni noir : cela signifie qu’il est dans l’équanimité, capable de rester neutre, grâce à son état de méditation. Ainsi, ses actes ne laissent pas de traces et il peut faire usage de ses expériences pour aider l’autre, sans colorer son enseignement avec ses émotions. Cela implique que ses expériences aient été digérées et les émotions résultant de ces expériences mises à distance ; c’est ainsi qu’il peut aider l’autre.

B ) La vision de Desikachar 

Dans un article de la revue Viniyoga n° 16, Desikachar (fils et élève de Krishnamacharya, père du yoga moderne) s’exprime sur la transmission du yoga et voici ce qu’il dit :

1 ) La transmission du yoga s’effectue par la récitation chantée des textes sacrés. Ce n’est pas nécessairement en lisant un grand nombre d’ouvrages ou en passant des années à étudier, mais plutôt en réfléchissant intensément sur des notions clés que l’on parvient à atteindre ce développement de soi. Cet apprentissage des textes sacrés par le chant puis par l’étude opère par imprégnation, car chaque phrase peut devenir un véritable sujet de méditation.

2 ) La faculté d’écoute constitue l’élément primordial dans la tradition védique (les Vedas sont les textes anciens fondateurs). Avant d’enseigner, il importe de savoir si l’élève manifeste un intérêt réel et s’il est suffisamment préparé à recevoir ces trésors. L’enseignant a le devoir d’enseigner ce qu’il sait et de ne pas garder la connaissance pour lui.

3 ) La vérité réside de préférence dans ce qui est court et simple.

4 ) La stratégie d’enseignement consiste souvent à donner un début de réponse, qui permet à l’élève de réfléchir et de réaliser un travail sur lui-même.